Le weblog entièrement nu

Roland, entièrement nu... de temps en temps.

Vous connaissez Magnatune ?

Ça commence comme ça :

We're a record label. But we're not evil.

Le concept : une maison d'édition de disques raisonnable, qui ne prend pas ses clients pour des sales méchants copieurs, qui ne prend pas ses artistes pour des esclaves, et qui ne prend pas des considérations obsolètes pour des excuses pour gonfler ses prix. Ça s'appelle Magnatune.

Pour le client, ça veut dire que tous les albums sont entièrment téléchargeables (en MP3, mais de qualité relativement bonne), gratuitement et anonymement, et qu'il est même explicitement autorisé (voire encouragé) de les copier et de les mettre sur CD (suivant une licence « Creative Commmons », sur laquelle je reviendrai). Si un album me plaît et que je le veux en qualité maximale, je peux l'acheter et le télécharger dans un format sans perte (Wav ou FLAC par exemple) ou en Vorbis haute qualité, pour un prix que je fixe en partie (en sachant ce que devient mon argent).

Pour la boîte, qui distribue la musique par Internet, ça veut dire qu'en se passant des canaux de distributions traditionnels, des frais de pressage des disques, de l'impression des jaquettes, des stocks, des commerciaux, des transports, etc. le coût de distribution marginal devient très faible, ce qui permet de proposer des prix intéressants (le prix minimum pour un album est de 5 dollars, mais le client peut décider de payer jusqu'à 18 dollars/euros/livres s'il aime vraiment beaucoup). Tout en reversant la moitié du prix de vente à l'artiste.

Pour l'artiste, ça veut dire la moitié des recettes, ce qui est déjà énorme par rapport aux éditeurs traditionnels. Ça veut aussi dire un contrat non-exclusif, sans clauses de non-concurrence ou autres.

Maintenant, pourquoi acheter si on peut tout avoir avecune qualité raisonnable pour gratuit ? D'abord pour avoir la musique dans un format non compressé, ou compressé sans perte, voire sur un vrai CD (mais c'est plus cher). Mais aussi, et peut-être surtout, pour avoir des droits plus importants : la version gratuite est disponible sous une licence Attribution-NonCommercial-ShareAlike de type Creative Commons. Ça veut dire que je peux reproduire l'œuvre, la copier, en prélever des morceaux pour mettre dans ma musique à moi, à condition de mentionner l'artiste initial (attribution), de ne pas en faire une utilisation commerciale (attention, la définition est assez large), et de distribuer ma musique sous la même licence (ShareAlike), de manière à ce que l'œuvre reste vivante et garde sa liberté. Mise à part la clause NonCommercial, ça s'apparente un peu à la licence GPL pour les logiciels libres.

Si donc je veux mettre la musique dans mon restaurant, ou dans ma boîte de nuit, ou m'en servir dans un film, ou l'inclure dans un jeu vidéo, ou la mettre comme musique d'attente sur le serveur vocal de mon entreprise, je dois acheter une licence différente, dont le prix sera calculé en fonction du type d'utilisation, du nombre d'auditeurs, de la quantité de musique utilisée, etc.

Mais ces considérations seraient vaines s'ils n'avaient pas de bonne musique à proposer. Or il se trouve qu'ils en ont, à ma grande joie. Ils ont 800 albums, classés en 8 « genres » et plein de sous-catégories, et pour mon plus grand bonheur c'est tout sauf de la soupe commerciale. Y'a des enregistrements de musique classique, de la musique électronique, du jazz, du rock (notamment du rock qui fait du bruit), et diverses musiques du monde (notamment d'inspiration celtique ou indienne). Pour l'instant je suis à fond sur Jami Sieber et Falling You, mais ça dépend de mon humeur en fait.

J'ai presque envie de tout télécharger, de tout mettre sur CD, de tout proposer en téléchargement sur des machins peer-to-peer, et de me faire arrêter de façon spectaculaire (avec saisie des CD et tout) pour soi-disant contrefaçon (sauf que la contrefaçon explicitement autorisée par l'artiste, c'en est pas). Avec un peu de bol, une histoire comme ça pourrait paraître dans les journaux, et avec beaucoup de bol ça provoquerait une prise de conscience que les majors ne sont pas les seuls canaux de distribution de musique. Et surtout, qu'ils ne font pas la loi, non mais merdalors quoi.

Bref. Le concept est bon, les principes philosophiques me plaisent énormément, le business model semble bien tenir la route, la musique me plaît... Que demander de plus ?

Magnatune, c'est bon, mangez-en.

Mise à jour : On me signale aussi Jamendo dans le même genre, et Musique Libre, un annuaire de musiques placées sous des licences libres.

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