On entend parfois parler dans les magazines d'information de l'arrivée imminente des connexions Internet par fibre optique, utilisant différentes techniques regroupées sous le nom de "FTTH" (fiber to the home, la fibre jusqu'à la maison). Enfin, imminente... apparemment les syndics de certains immeubles commenceraient à être contactés par les opérateurs. Mais ça reste assez limité, et réservé à quelques privilégiés. Pour les autres, ceux qui habitent dans les petites villes (moins de dix millions d'habitants), ça reste assez flou et on sait ni trop comment ça marche, ni quand ça sera réellement disponible.
C'est donc avec une certaine excitation que j'ai participé à une expérimentation pilote pour le déploiement de FTTH (dans sa variante FTTH-PY, pour ceux qui connaissent). Je n'ai pas pu tester en profondeur, faute de préparation préalable (mea culpa), je ne peux donc vous livrer que mes premières impressions.
D'abord, la disponibilité du matériel : impression très favorable de ce côté-là, on peut trouver les équipements d'émission/réception en grande surface sans problème (testé dans une seule grande surface, mais je ne pense pas que le Carrefour de chez moi soit plus spécialisé qu'un autre). Pour la fibre elle-même, c'est à peine plus compliqué, mais elle est elle aussi largement disponible dans les magasins spécialisés. Le prix est également très raisonnable, et le système est probablement parmi les moins chers du marché (il entre en concurrence directe avec les réseaux floppynet).
Pour la mise en place, c'est pas encore tout-à-fait plug and play, hélas. Les contraintes de courbure de la fibre imposées par le système de modulation font que la longueur de la fibre doit être calculée au millimètre près, et ne peut donc pas être connue à l'avance. Il faut donc prendre les mesures soi-même et couper la bonne longueur de fibre. De même, les terminaux étant génériques, ils peuvent s'adapter à plusieurs dimensions de fibre, et il faut les préparer à recevoir la bonne. Il faut également effectuer le raccordement proprement dit. Ça reste très accessible (pas besoin de pince à sertir ou d'outillage particulier), et le tout peut être réglé en quelques minutes, mais on espère que la standardisation aidant ça pourra être simplifié pour les versions finales.
Arrive le gros point noir : le FTTH-PY est censé, à terme, permettre de faire transiter plusieurs types de communications, que ce soit de la voix ou de la donnée, mais pour l'instant seule la voix est réellement opérationnelle. Il n'y a malheureusement pas encore de pilotes disponibles (ni sous Linux, ni a fortiori sous Windows ou Mac OS), et il faut donc passer par des systèmes de conversion des flux de données en signal sonore plus ou moins audible. L'avantage est que ce système de modulation-démodulation (oui oui, c'est un modem) peut être réalisé intégralement en logiciel, l'inconvénient est que les logiciels existants ne sont pas encore à un niveau de stabilité suffisant pour une utilisation réelle. Et même s'ils finissent par y arriver, les prévisions sont pessimistes quant aux performances. Je n'ai donc pas réussi à établir de connexion de données sur ma fibre, j'en suis très déçu. Je ne peux donc que vous transmettre les informations que l'on m'a données, à savoir que les performances attendues pour ce qui concerne les transmissions de données sont de l'ordre de celles obtenues en RFC1149 (IPoAC) pour ce qui concerne le débit et les taux d'erreur, mais sans les problèmes de latence variable. C'est prometteur, mais encore une fois, j'ai pas testé donc je peux pas confirmer.
J'ai donc principalement testé la voix, avec des résultats plutôt positifs. C'est un peu nasillard, mais on peut aisément reconnaître la voix de son interlocuteur. Et je n'ai à aucun moment rencontré les problèmes classiques des nouvelles solutions de téléphonie, notamment VOIP : pas d'écho, absolument aucun effet Larsen, pas de micro-coupure... Également, pour autant que ce soit réellement mesurable à l'oreille (je ne dispose pas de bancs de tests sérieux pour ce genre de mesures), il semble que le temps de propagation soit raisonnablement rapide, ce qui est particulièrement appréciable pour les conversations. En revanche, le signal semble perdre en puissance avec la distance. La longueur d'un brin de fibre sera donc calculée en conséquence. Pour les communications plus longues, il faudra mettre en place des répéteurs, mais la qualité du signal s'en ressent, la voix des interlocuteurs étant pas mal altérée voire rendue méconnaissable selon les répéteurs.
Je n'ai hélas pas pu pousser mes tests au-delà, et je ne peux donc vous donner que cet aperçu très partiel.
Mon verdict : de ce que j'ai pu en voir, le FTTH-PY me semble avoir encore du chemin à faire. Les applications de voix sont actuellement bien traitées, mais la transmission de données n'en est encore qu'à ses balbutiements, et je crains que les concurrents dans la course pour le marché FTTH n'aient déjà pris une avance trop importante. Ceci dit, il peut probablement subsister sur des marchés de niche, en raison de son très faible coût de mise en place et de maintenance. À titre d'exemple, un réseau point-à-point de deux postes peut être entièrement constitué pour le prix de deux pots de yaourt et de dix mètres de fil de pêche.
Pour terminer, je voudrais remercier Philippe, qui travaille chez l'opérateur télécom, pour m'avoir proposé de (et encouragé à) participer à cette expérimentation, et sans qui ce billet n'aurait pas été écrit.
Posted Tue 01 Apr 2008 00:00:00 CESTJe m'aperçois que ce Freelance HOWTO, que j'avais promis il y a fort longtemps déjà, n'a toujours pas été écrit. Donc, je m'y mets. Comme c'est un peu long, ce sera en plusieurs parties. La première restera assez générale ; je n'ai pas encore rédigé les suivantes, mais il est probable qu'il y en aura trois au final.
Buts et contexte
Je suis monsieur M., j'ai acquis des compétences d'une manière ou d'une autre, et je pense qu'il y a un marché et que je pourrais essayer de vivre de ces compétences. Je vais donc créer mon entreprise, pour proposer mes services à des clients contre rémunération, soit à temps partiel (par exemple pour tâter le terrain) soit à temps plein (une fois que je suis convaincu de la viabilité de mon entreprise).
(Ce HOWTO se focalise sur les entreprises de services. Pour les entreprises qui font plutôt du commerce, c'est-à-dire de l'achat et de la revente de produits, les contraintes sont un peu différentes, et je connais moins le domaine, donc demandez un avis plus éclairé.)
Préalables
Avant de se lancer et de prendre le moindre engagement, il convient de se demander si les chances de l'entreprise sont raisonnables. Théoriquement, il faudrait faire (ou faire faire) une étude de marché complète, mais ça peut coûter cher. Commencer par essayer de se faire une idée des réponses aux questions suivantes : Y a-t-il réellement un besoin ? Des clients ? Ces clients sont-ils prêts à payer pour le service rendu ? Y a-t-il déjà des entreprises qui fournissent le service à ces clients ? Si oui, reste-t-il de la place pour une de plus ?
En fonction de ces réponses, on pourra déjà dans certains cas avoir une idée de la viabilité du projet. Si c'est pas bon, il est conseillé d'arrêter, ou de faire évoluer le projet pour que ça devienne bon.
Forme juridique
Une « entreprise » peut avoir plusieurs formes, et fonctionner selon plusieurs statuts. Il faut notamment distinguer le statut juridique (la forme sous laquelle l'entreprise existe) et son statut fiscal (la manière selon laquelle les impôts et taxes sont calculés et payés). Les deux sont plus ou moins liés, puisque certaines combinaisons ne sont pas autorisées, mais il reste plusieurs possibilités.
Je ne détaille ici que deux statuts, celui de l'entreprise individuelle et celui de l'EURL/SARL. Les autres statuts (SA, SAS, SCIC etc.) sont plus complexes à mettre en place, et sont de toute manière moins adaptés à l'objet de ce billet, qui vise principalement quelqu'un qui veut « se mettre à son compte ».
Le statut d'entreprise individuelle (EI) est le plus simple. Il consiste simplement à s'enregistrer à l'URSSAF, ce qui donne un numéro SIREN/SIRET, et le droit d'émettre des factures. Il n'y a pas de société, pas de personne morale séparée, l'entreprise et l'entrepreneur sont juridiquement identiques.
Si l'on souhaite séparer l'activité professionnelle et la personne physique, il faut passer par la création d'une société. Pour une activité de petite taille, on crée généralement une SARL, société à responsabilité limitée. Et même, quand on est tout seul, on appelle ça une EURL, entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (c'est juste un cas particulier de SARL, qui ne change pas grand-chose au fonctionnement). La création d'une SARL/EURL passe par des formalités plus complexes : rédaction de statuts de société par un juriste, publication dans un journal d'annonces légales, inscription au registre du commerce et des sociétés, etc. La contrepartie est cette séparation des biens entre l'entreprise et l'entrepreneur.
Séparation toute relative, ceci dit : si la société fait faillite, la responsabilité du gérant pourra quand même être mise en jeu en cas de gestion manifestement mauvaise. Et même sans parler de ce cas extrême, il faut garder à l'esprit que les dettes de l'entreprise correspondront souvent à des emprunts, et que ces emprunts ne seront probablement accordés qu'avec des garanties personnelles de l'entrepreneur.
Fin de cette première partie. La prochaine fois, nous verrons ce qui est perçu (ou présenté) comme le frein majeur qui décourage l'entreprenariat français : les charges (sociales et fiscales).
Posted Sat 22 Mar 2008 00:00:00 CETQuand j'étais petit, on avait dans ma cour d'école une blague/devinette qui nous faisait beaucoup rire :
Quelle est la différence entre un dollar et un rouble ?
Réponse : Un dollar !
Pour remettre dans le contexte : à l'époque, l'étranger se divisait en deux catégories. Il y avait d'un côté les Américains, riches et puissants, et de l'autre les Russes, dont il fallait se méfier parce qu'ils étaient puissants aussi, bien qu'on ne sache pas trop comment. Les Russes n'avaient pas d'argent ou presque, le peu qu'ils avaient ne valait pas grand-chose, et de toute façon ils ne pouvaient rien en faire puisque leurs magasins étaient vides. Et c'était bien fait pour eux, puisque c'était eux les méchants (la preuve : nous, les gentils par définition, on était copains avec les Ricains).
Le monde a un peu changé depuis, mais cette blague pourra bientôt être remise au goût du jour, à peine modifiée :
Quelle est la différence entre un dollar et un euro ?
Réponse : Un dollar !
(OK, aujourd'hui c'est juste 0,57 dollar, mais ça va monter, patience.)
Posted Sat 22 Mar 2008 00:00:00 CET